Je vais commencer par une vérité qui soulèvera plusieurs sourcils. Pour créer un plan financier, il n’est pas nécessaire d’être comptable. Vous n’avez pas besoin de bénéficier d’un master en finance chez HEC. Il n’est pas nécessaire d’avoir 15 ans d’ancienneté dans la direction financière dans un grand groupe…
Avant de vous lancer dans l’élaboration de votre plan financier, compte de résultat, bilan, prévisionnel de trésorerie, il faut tout de même retourner aux fondamentaux. Mieux vaut maîtriser les bases de la comptabilité pour ne pas piloter à l’aveugle.
Ces visions, ce sont celles que vous allez traduire dans vos documents financiers, et surtout, celles que vous devrez éclairer devant :
- Partenaires
- Banquiers
- Fournisseurs
- fournisseurs
- Investisseur
- Actionnaires
- Comptables
- …
Autant de raisons de garder le contrôle sur ces indicateurs pour ne pas perdre pied lors des échanges avec ces différents acteurs.
Retour sur les bancs de l’école donc : voici un condensé des deux piliers de la comptabilité : le compte de résultat !
Plan détaillé :
1- Les bases de la comptabilité
2- Comprendre le compte de résultat
3- Comprendre le bilan
4- Compte de résultat vs bilan : comment les distinguer
1- Les bases de la comptabilité
Pour être honnête, la comptabilité m’a longtemps intimidé durant mes études supérieures.
Beaucoup partagent cette vision : tant qu’on n’est pas spécialiste, difficile d’y trouver un quelconque attrait.
Mais il ne s’agit pas d’une montagne infranchissable. Les notions à appréhender ne sont pas si nombreuses, ni si complexes.
Et, contre toute attente, on peut y prendre goût !
Commençons par remettre à plat ce qu’est la comptabilité.
La comptabilité répond à une obligation légale : enregistrer et justifier tous les mouvements d’une entreprise de façon chiffrée au travers de deux grands documents : le compte de résultat et le bilan.
Habituellement, cet exercice est confié à un professionnel (comptable, expert-comptable, gestionnaire de paie…).
Mais tout dépend de votre structure. Pour une micro-entreprise, pas besoin nécessairement de passer par un expert-comptable.
En micro-entreprise, indépendant ou freelance, la comptabilité simplifiée s’impose. Des outils gratuits comme Tiime AE permettent de tenir sa propre comptabilité sans difficulté.
En revanche, pour une petite ou moyenne entreprise, il devient pertinent de s’entourer d’un comptable dès que l’activité prend de l’ampleur. C’est un vrai gage de sérénité.
2- Comprendre le compte de résultat
Le compte de résultat, c’est la radiographie des recettes et des dépenses sur une période donnée (par exemple du 1er janvier au 31 décembre).
La différence entre recettes et dépenses, c’est le résultat de l’exercice. Voilà la fameuse « dernière ligne » de votre compte de résultat :
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Ce chiffre peut être positif (bénéfice) ou négatif (perte). Il découle de votre modèle économique, du niveau d’activité, du poids de la fiscalité… L’objectif reste le même pour tous : dégager du profit. Voilà le défi.
Illustrons avec un exemple très concret : une entreprise qui fabrique des chocolats belges.
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En année N (prenons 2019), cette entreprise réalise un chiffre d’affaires de 50 000€.
Pour produire ses chocolats, elle engage des frais : matières premières, eau, électricité, main d’œuvre, etc. Total des coûts pour 2019 : 30 000€.
Résultat : l’entreprise affiche donc un bénéfice net de 20 000€ (recettes, dépenses).
Le compte de résultat sert donc à mesurer la performance réalisée sur une année. Il intéresse plusieurs intervenants :
- L’entreprise elle-même, qui peut ainsi comparer ses résultats année après année.
- L’administration fiscale, qui doit connaître le bénéfice imposable.
- Les actionnaires et investisseurs potentiels qui jugent la rentabilité sur preuves chiffrées.
a) Charges fixes et variables
Pour aller plus loin, il faut distinguer charges fixes et variables.
Les charges, ce sont tous les coûts supportés par l’entreprise.
Revenons à notre compte de résultat : toutes les dépenses y figurent, mais elles n’ont pas la même nature. Parmi les plus courantes : salaires, loyers, publicité…
Pour affiner l’analyse, on les répartit en deux grandes familles : charges fixes (structurelles) et charges variables (opérationnelles).
Cette distinction permet de mieux piloter l’entreprise dans la durée et d’identifier les bons indicateurs financiers (comme le seuil de rentabilité, qui mérite un article entier).
La logique est simple.
Une charge fixe, par définition, ne bouge pas selon le niveau de chiffre d’affaires. Exemples : honoraires, assurance, loyer, abonnement électricité…
Un salaire, par exemple, reste le même que l’entreprise réalise 10 000€ ou 100 000€ de chiffre d’affaires.
Pour une charge variable, comme le transport, le montant évolue avec le volume d’activité. Si aucune vente, aucune facture de transport ; si les ventes augmentent, la facture aussi. Ce type de charge s’ajuste donc selon le niveau d’activité.
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Seules les dépenses liées au fonctionnement courant, c’est-à-dire le cycle d’exploitation, sont concernées par cette distinction. Les charges financières et exceptionnelles restent à part.
Petite précision sur les salaires : les fonctions support (marketing, finance…) sont des charges fixes, tandis que les postes de production relèvent des charges variables.
b) Les grandes lignes du compte de résultat
Voici les principaux postes qui composent ce document :
*Ventes de biens et marchandises : chiffre d’affaires généré.
*Production stockée : différence de stocks entre le début et la fin de l’exercice.
*Production immobilisée : immobilisations produites par l’entreprise pour elle-même (ex : construction d’un outil de production).
*Subventions d’exploitation : aides reçues de l’État ou d’organismes publics.
*Reprises sur amortissements et provisions : écarts entre provisions/immobilisations et leur réel usage ou dépréciation sur l’année.
*Autres produits d’exploitation : revenus non liés à la vente, mais qui relèvent tout de même de l’activité courante.
Le total des produits d’exploitation est la somme de tous ces postes marqués d’un « * » (I).
#Achats de marchandises : achats de produits destinés à la revente.
#Variation des stocks de marchandises : différence de stocks sur la période pour les marchandises achetées.
#Achats de matières premières et fournitures : achats nécessaires à la production (ex : chocolat pour un chocolatier).
#Variation des stocks de matières premières et fournitures : différence de stocks sur la période pour les matières premières.
#Autres achats et charges externes : dépenses qui ne sont pas stockables (eau, énergie), locations, déplacements, assurances…
#Impôts, taxes et versements assimilés : sommes dues à l’État ou aux collectivités.
#Salaires et traitements : rémunération des salariés et freelances.
#Charges sociales : cotisations, primes et indemnités diverses liées à la masse salariale.
#Dotations aux amortissements et provisions : perte de valeur des équipements (usure…), amortie sur plusieurs années.
#Autres charges d’exploitation : publicité, commissions, frais professionnels…
Le total des charges d’exploitation correspond à la somme des postes « # » (II).
Résultat d’exploitation (I, II) : différence entre revenus et charges d’exploitation.
Total des produits financiers (III) : intérêts perçus sur les placements, dividendes…
Total des charges financières (IV) : intérêts et remboursements liés aux emprunts.
Résultat financier (III, IV) : solde entre produits et charges financières.
Résultat courant avant impôt : somme du résultat d’exploitation et du résultat financier.
Total des produits exceptionnels (V) : rentrées inhabituelles (dons, pénalités perçues, ventes exceptionnelles…).
Total des charges exceptionnelles (VI) : dépenses non liées à l’activité courante (amendes, indemnités, etc.).
Résultat exceptionnel (V, VI) : solde des produits et charges exceptionnels.
Participation des salariés aux bénéfices (VII) : redistribution d’une partie du résultat aux salariés (obligatoire à partir de 50 salariés).
Impôts sur les bénéfices (VIII) : impôt sur les sociétés prélevé chaque année.
Le bénéfice net s’obtient ainsi : (résultat d’exploitation + résultat financier + résultat exceptionnel), impôt sur les bénéfices.
Le compte de résultat va donc beaucoup plus loin qu’un simple calcul « chiffre d’affaires, coûts de production » ; il apporte une vision fine de la santé financière d’une entreprise et permet d’analyser l’évolution d’une année à l’autre.
3- Comprendre le bilan
Le bilan, lui, se lit différemment. Là où le compte de résultat retrace une histoire sur douze mois, le bilan offre une photographie précise à un instant T.
Si vous le dressez au 31 décembre, il ne raconte pas ce qui s’est passé tout au long de l’année, mais affiche l’état de l’entreprise ce jour-là.
Je me souviens encore de la surprise quand mon prof de DUT a parlé d’une « photo » : je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait !
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J’étais presque tenté de sortir mon téléphone pour immortaliser ce fameux « cliché » du bilan !
Au contact de personnes comme Mehdi, on prend vite conscience que la comptabilité n’est pas qu’une affaire de chiffres froids.
En réalité, le bilan dresse un état des lieux : il met en miroir ce que possède l’entreprise (l’actif) et ce qu’elle doit (le passif).
La structure ressemble à ceci :
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Dans la colonne des actifs : on retrouve tout ce que possède l’entreprise, immobilisations (matérielles, immatérielles, financières), stocks, créances, trésorerie…
Dans le passif : ce sont toutes les dettes, fournisseurs, salaires, État, emprunts bancaires…
Une règle incontournable : total actif et total passif doivent toujours être égaux. Si ce n’est pas le cas, il y a une erreur à corriger !
En général, bilan et compte de résultat couvrent la même période de 12 mois, du 1er janvier au 31 décembre. Mais selon votre activité, rien n’empêche d’opter pour un exercice décalé (par exemple du 1er juillet au 30 juin).
Un site e-commerce qui vend des ventilateurs portables connaît un pic d’activité en été, il peut donc décider de clôturer son exercice en hiver, au creux de la saison.
a) Les principaux postes du bilan
Dans la colonne Actif :
Immobilisations : biens matériels, immatériels ou financiers destinés à rester durablement dans l’entreprise.
Immobilisations corporelles : équipements, machines, bâtiments… tout ce qui est tangible.
Immobilisations incorporelles : brevets, logiciels, fonds de commerce…
Immobilisations financières : participations, prêts accordés, garanties…
Actif circulant : éléments destinés à ne pas rester plus d’un cycle d’exploitation (stocks, créances, trésorerie…)
Stocks : biens destinés à la vente ou à entrer dans la production.
Créances clients : sommes dues par les clients (paiement différé, échéancier…)
Créances fiscales et sociales : sommes que l’État doit à l’entreprise (ex : TVA déductible supérieure à la TVA collectée).
Disponibilités : argent disponible sur les comptes bancaires, immédiatement mobilisable. Une entreprise solide garde toujours une partie de ses profits en trésorerie pour investir ou anticiper les coups durs.
Valeurs mobilières de placement (VMP) : placements financiers à court terme, rapidement mobilisables. Différents des immobilisations financières, ils servent à valoriser un excédent de trésorerie sur une courte durée.
Dans la colonne Passif :
Capitaux propres : ressources financières stables, apportées par les associés, partenaires ou investisseurs. Ils garantissent la pérennité et rassurent sur la solidité de l’entreprise.
Capital : somme versée au moment de la création de l’entreprise, composante majeure des capitaux propres.
Réserves : bénéfices accumulés au fil des années, non redistribués, mis de côté pour sécuriser l’avenir.
Résultat : bénéfice ou perte de l’exercice, temporairement conservé dans les capitaux propres tant qu’il n’a pas été affecté.
Dettes : engagements à honorer à court ou moyen terme (fournisseurs, impôts, emprunts…)
Dettes financières : emprunts bancaires, avances en compte courant d’associés.
Dettes fournisseurs : sommes dues aux fournisseurs pour achats de biens ou services, avec des délais de paiement variables.
Dettes fiscales et sociales : impôts, taxes, cotisations sociales, salaires à payer.
On peut donc financer un projet par augmentation de capital, levée de fonds, crowdfunding… ou par endettement (plus risqué, mais parfois incontournable).
4- La différence entre le compte de résultat et le bilan
La distinction tient en une phrase : le compte de résultat mesure les flux, le bilan photographie le patrimoine.
Pour bien saisir la nuance, prenons un cas concret.
Imaginons l’achat d’un ordinateur portable.
Vous avez une société, vous vous rendez chez Darty pour acheter un ordinateur à usage professionnel. Vous demandez une facture au nom de l’entreprise.
L’ordinateur appartient désormais à l’entreprise et servira plusieurs années (2 à 5 ans).
Il s’agit donc d’un investissement, qui s’inscrit dans le bilan, à l’actif comme à la sortie de trésorerie.
Dans l’actif, l’ordinateur est enregistré comme une immobilisation corporelle. Pour cela, il doit répondre à deux critères :
- Sa valeur dépasse habituellement 500 euros (en dessous, il est souvent compté en charges).
- Il est utilisé sur plusieurs exercices.
Comment cela se traduit-il concrètement ?
Vous achetez l’ordinateur 1 000 euros. Il est inscrit à l’actif du bilan pour ce montant.
Mais l’argent est sorti de la trésorerie, donc, 1 000 euros dans la colonne passif.
Ce qui intrigue ici, c’est que ce mouvement n’impacte pas immédiatement le compte de résultat. Rien n’y apparaît encore.
Étrange, non ?
Intuitivement, on voudrait dire : « J’ai dépensé 1 000 euros ». Mais la logique comptable est plus subtile.
L’explication :
À l’achat, l’ordinateur entre comme immobilisation à l’actif (1 000€), la trésorerie diminue d’autant.
L’ordinateur a une durée de vie de trois ans. Chaque année, il perd donc un tiers de sa valeur.
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Ce qui veut dire que chaque année, on enregistre 333 euros de dépréciation (amortissement).
La durée d’amortissement dépend de la nature du bien (20 ans pour un immeuble, 10 ans pour du mobilier…). À noter : un terrain ne s’amortit pas, sa durée d’utilisation est illimitée.
C’est ici qu’intervient la passerelle entre bilan et compte de résultat. Les 333 euros d’amortissement, chaque année, sont inscrits en charge dans le compte de résultat et viennent diminuer la valeur de l’ordinateur dans le bilan.
Ce système permet de suivre la perte de valeur d’un investissement et d’évaluer le retour sur investissement dans le temps. L’usage des deux documents est donc complémentaire.
Ce premier exemple illustre la synergie entre bilan et compte de résultat.
Un deuxième exemple pour clarifier : la contribution en compte courant d’associé.
En tant que fondateur, vous pouvez injecter de l’argent dans votre entreprise, depuis vos fonds personnels.
Vous pourrez vous rembourser plus tard, dès que la trésorerie le permettra et que l’activité sera rentable.
Supposons que vous apportiez 2 000€ en compte courant d’associé.
Ce mouvement financier n’est ni une vente ni une charge. Il n’apparaît donc pas dans le compte de résultat, mais dans le bilan.
Pourquoi ?
Parce qu’il s’agit d’une dette que la société doit rembourser à l’associé, sans intérêts.
Vous créditez la trésorerie de 2 000€, qui servira à financer un nouveau projet.
Simultanément, la société doit 2 000€ à l’associé (vous-même) : c’est inscrit en « dette financière » au passif.
On comprend ainsi comment le bilan donne une vue d’ensemble de la situation financière d’une entreprise, en mettant en lumière l’origine et l’utilisation des ressources. C’est un signal fort pour les partenaires, investisseurs, banques ou fournisseurs.
Le compte de résultat, lui, mesure la performance sur l’année écoulée, en comparant les chiffres d’une année à l’autre. À la clôture, il se connecte au bilan et devient un outil légal de transparence, mais aussi un instrument de pilotage au quotidien.
Les deux documents diffèrent aussi dans leur présentation : le compte de résultat met face à face les produits et les charges pour faire ressortir le résultat, tandis que le bilan équilibre l’actif et le passif dans deux colonnes séparées.
Visuellement, ça change tout : le bilan fonctionne en deux colonnes (actif à gauche, passif à droite), le compte de résultat s’articule en une seule colonne déductive.
En définitive, l’objectif n’est pas de devenir expert-comptable, mais d’être capable de suivre la conversation avec un professionnel, un investisseur, un banquier ou ses collaborateurs.
En tant qu’entrepreneur, on a tendance à percevoir la comptabilité comme un casse-tête. Beaucoup connaissent le syndrome du garagiste : on entre avec un souci mécanique, et on se retrouve noyé sous un jargon incompréhensible.
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On ressort du garage sans rien comprendre et souvent avec quelques sueurs froides…
La comptabilité provoque parfois le même effet. Les experts peuvent perdre leur auditoire en parlant d’EBITDA, d’analytique, de besoins en fonds de roulement, de passifs transitoires…
Souvent, tout s’accélère une fois le projet lancé. Le flux d’informations devient dense, il faut apprendre sur le tas. La comptabilité fait pleinement partie de cet apprentissage. En changeant de regard et en s’appuyant sur de bonnes ressources, elle se révèle précieuse.
🙂 Cette première étape fait partie de la formation à la création d’entreprise. La prochaine étape abordera la question du financement. Ce contenu vous permettra d’analyser plus finement la santé de votre projet. Ce second volet sera sans doute plus technique, mais l’important reste d’avancer, étape par étape.
Et maintenant, la balle est dans votre camp…
Est-ce que vous aussi, vous préparez ces deux documents comptables pour votre activité ? Si ce n’est pas encore le cas, qu’est-ce qui vous freine ?
L’aventure ne fait que commencer.
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