Les nuages bas et le vent donnent du tétras, mais… Photo : Dagh Bakka
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Le silence n’est brisé que par le crissement du sentier sous les skis. Le vent, venu du sud-est, souffle sans ménagement. Cette orientation annonce rarement de bonnes nouvelles : rafales soutenues, météo capricieuse, pentes abruptes ciselées dans le relief. Les oiseaux, eux, ne se laissent pas piéger. Dès qu’ils aperçoivent un mouvement suspect, ils filent, souvent à plus de 150 mètres. Le tétras des montagnes, petit et farouche, supporte mal ces bourrasques. Avec une arme de catégorie 3, même pour un tireur aguerri, les chances de réussite s’effondrent au-delà de 100 mètres sous un vent puissant. Le mauvais temps ajoute un défi supplémentaire : quand la visibilité se dégrade, le moindre faux pas se paie cash. À l’inverse, par temps clair mais venteux, l’approche se joue parfois à moins de 50 mètres. Là, même un fusil de catégorie 4, par exemple un petit calibre LR, peut faire mouche.
Pas de gadgets inutiles
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… une balle RWS de 46 grains tirée d’un 22 Hornet a parfaitement rempli son office. Photo : Dagh Bakka
Seul face à la météo
La chasse en montagne, comme la pêche en mer, se plie aux caprices du ciel. Quand les éléments se déchaînent, inutile d’insister : rester dehors devient une lutte stérile. Un simple changement de temps peut transformer une sortie agréable en une fuite éperdue au milieu des bourrasques, à chercher abri et réconfort. Ceux qui n’avaient jamais ressenti l’humilité imposée par la montagne la découvrent brutalement un jour de tempête. Pour beaucoup, le vrai défi tient à l’imprévisibilité : après plusieurs heures de trajet, les jours de chasse sont comptés, et voir la météo bloquer toute activité trois jours de suite met les nerfs à rude épreuve. Certains s’obstinent, mais la montagne tranche vite. D’autres finissent par privilégier des terrains moins exposés, là où le vent et la neige laissent parfois un peu de répit.
Comme une obsession
Pour celles et ceux qui ont la chasse en montagne dans la peau, impossible de résister à l’appel lorsque le ciel ouvre une fenêtre. Tant que les jambes tiennent, l’exploration continue : nouvelles vallées, versants inédits… Il faut savoir lire le terrain, repérer les zones d’alimentation hivernale du tétras, avancer sans garantie de rencontre. Parfois, la montagne ne livre rien. L’humilité s’impose : face à l’immensité, tout le monde se retrouve à égalité. Ici, l’homme n’a pas la main. Un éboulis, une avalanche, la moindre erreur ne font pas de distinction : PDG ou étudiant, chacun prend la mesure de sa vulnérabilité. Dans cette chasse, ce n’est pas la fortune qui fait la différence, mais la capacité à observer, à s’adapter, à persévérer.
À la sortie de l’hiver, de la fin février au début mars, les tétras des montagnes se rassemblent parfois en groupes compacts, progressant sur les hauteurs à la recherche de nourriture. Le chasseur doit alors miser sur le bon timing, être là où il faut, et espérer que le temps sera clément. Pour le reste, tout tient à la volonté et à l’endurance.
Ce terrain n’a que faire des innovations électroniques ou des gadgets dernier cri. Si une revue spécialisée pour chasseurs de tétras existait, difficile d’y vendre de la publicité. Ici, le matériel se réduit à l’essentiel :
- une paire de skis de montagne fiables, avec bords en acier
- des chaussures en cuir solides ou, pour certains, des skis en bois associés à des bottes en caoutchouc, mais gare aux pentes escarpées où le risque s’accroît
- une arme adaptée, par exemple un 22 Hornet, qui permet d’utiliser des balles de 45 à 50 grains, efficaces sans abîmer l’oiseau
- une bonne paire de jumelles, des vêtements robustes capables d’affronter le climat, et un sac à dos garni de vêtements de rechange, de vivres et de boisson
- carte et boussole, indispensables pour ne pas perdre le nord, littéralement
Le camouflage n’est pas la priorité : le tétras possède une acuité visuelle redoutable, peu importe la couleur de votre tenue.
Victoire après la tempête
Le vent du sud-est dans le dos, j’aborde une crête, prêt à tout. Soudain, deux tétras se dessinent sous un petit bouleau, ronds, immaculés. Pas un instant d’hésitation : tout en avançant, je décroche mon arme, déleste la sangle et la ceinture du sac à dos. À 70 mètres, je me couche, sac en appui comme un biathlète, jumelles vissées sur la cible. L’oiseau commence déjà à allonger le cou, le temps presse. Le coup part, net. Un tétras s’affale, l’autre s’envole, emporté par le vent, disparaissant dans la vallée comme un flocon unique. Impossible de savoir ce que réserve le prochain tournant, mais une chose est sûre : sur ces sommets battus par la bourrasque, la ténacité paie plus que la technologie.

