« La mécanique du hasard » à l’Espace Pierre Cardin ***

Novembre 2018

 

S le maudit

 

Depuis quatre générations, la famille Yelnats est maudite. Son plus jeune représentant, Stanley, ne semble pas déroger à la règle. Se trouvant « toujours au mauvais moment au mauvais endroit », il est, à tort, accusé de vol. Sommé de choisir entre prison ou camp de redressement, l’adolescent est envoyé au Lac Vert où il doit, chaque jour, creuser un trou au fond d’un lac asséché. Tyrannisé par Xray, un de ses congénères, Stanley se lie d’amitié avec Zéro, le plus vulnérable des jeunes détenus.

 

« La mécanique du hasard » a été adapté du roman de Louis Sachar, « Holes » (« Le passage », Folio Junior, 2016) par Catherine Verlaguet. Le récit, riche, multiplie les allers-retours entre présent (la vie de Stanley au camp) et passé (les déboires de ses aïeux, dont son arrière-arrière-grand-père, par qui la malédiction arrive). S’il s’adresse d’abord aux adolescents, le texte aborde des thèmes universels (l’importance de l’amitié et de la solidarité, la difficulté du libre arbitre) et donne voix à un antihéros diablement sympathique. À l’image de son joli nom palindrome, Stanley Yelnats doit remonter le temps pour comprendre son histoire et, ainsi, se délivrer de l’anathème.

 

S’appuyant sur une création lumière de grande qualité (Sébastien Revel), la mise en scène d’Olivier Letellier, jamais parasitaire, est inventive et rythmée. Fiona Chauvin et Guillaume Fafiotte, qui incarnent tous les personnages de cette épopée, sont excellents. Leur complicité, évidente, nous touche. L’émotion naît aussi d’un travail corporel très maîtrisé qui crée des images fortes, comme lorsque Stanley et Zéro, harassés, s’entraident dans leur fuite, se soutiennent et semblent finalement ne plus faire qu’un. Un spectacle ambitieux, original et séduisant.

 

Y. A.

 

« La mécanique du cœur », Espace Pierre Cardin jusqu’au 18 novembre 2018 puis en tournée (1h).

 

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